Un affût c’est avant tout de la patience

Un affût c’est avant tout de la patience

Et pour moi ce matin c’était le cul dans les ronces humides.

Le plaisir de se lever tôt un dimanche matin, faire un tour de vélo pour se retrouver seul humain dans un prés. L’endroit est calme, silencieux. L’herbe est trempée par la rosé. Je sais que je vais rentrer avec les chaussettes humides. Ça fait partie de la sortie.

Il faut prendre le temps de ne pas faire de bruit. Ralentir. Avancer de quelques pas, s’arrêter pour observer. Se faire tout petit dans cette étendue verte. Puis avancer de nouveau lentement en direction d’un petit bosquet devant lequel se cacher.

Je débute, je le sais. J’ai tendance à vouloir aller trop vite. Mais c’est en allant vite que l’on fait du bruit, que l’on fait des erreurs. L’affût c’est l’apprentissage de la patience. L’humilité. Tu as beau t’être levé tôt, avoir froid, fait du vélo de nuit, avoir les chaussettes trempées, il n’y a là pas un seul argument pour que la nature t’offre quoi que ce soit. Il n’y a que la patience. L’attente. L’apprentissage. La chance. La persévérance.

J’avais perdu l’habitude des affûts en plein champs. Ces derniers temps je me posais souvent autour d’un lac. C’était « facile ». L’activité continue des oiseaux donnent continuellement quelque chose à observer. Cela m’a fait oublier la normalité de l’attente.

Les mammifères sont plus farouches. Plus méfiants. J’ai dû attendre une heure avant de voir autre chose que de lointaines corneilles.

J’avais entre-aperçu le pon-pon blanc d’un lapin. J’ai cru qu’il était rentré au terrier. Mais finalement, ce qui semblait n’être qu’une branche a attiré mon zoom. Il s’est avéré qu’il s’agissait des oreilles du discret rongeur.

Il s’est finalement approché de moi jusqu’à moins d’une quinzaine de mètres. Un beau cadeau.

Une demie-heure plus tard, sentant que mon positionnement n’était pas bon, je m'apprêtais à abandonner mon observation. Mieux valait revenir un autre jour en créant les meilleures conditions.

Mais un mouvement sur la droite a attiré mon attention. Pas de doute, un renard.

Lui aussi a disparu rapidement derrière un bosquet. J’ai réfléchi, vérifié ma position et la direction du vent. Il y avait une chance qu’en me repositionnant un peu plus haut je pourrais l‘observer au mieux une fois qu’il aura dépassé les arbustes. Je replie le trépied et je bouge aussi rapidement et discrètement que possible.

Une fois en place, je n’ai pas attendu longtemps avant de revoir pointer le bout de son museau.

Sa position le nez en l’air, les oreilles en avant et les yeux fermés me rappelle que pour beaucoup de mammifères, la vue n’est pas le premier sens. Une odeur suspecte ou un bruit inhabituel et ce renard pourrait disparaître sans même m’avoir vu.

Après un mûlotage il a redisparu derrière le bosquet.

J’ai estimé qu’il était temps pour moi de laisser ce prés tranquille. J’ai repéré deux endroits bien plus appropriés pour ma prochaine venue.

Je tâcherai d’être encore plus discret et encore plus patient.